André Frère Éditions

Couverture de INDEX par Antoine d’Agata pulié par André Frère Éditions

Index

Antoine d’Agata

39,00 €

Catégorie : .
  • Photographies d’Antoine d’Agata
  • 256 pages
  • Français
  • 13,5 x 18 cm
  • 1215 images couleur
  • Couverture souple
  • ISBN: 979-10-92265-25-5
  • 39€
  • En librairies en février 2015
  • Coédition D.Books

Ce travail d’Antoine d’Agata a été rendu partiellement visible dans l’exposition «S’il y a lieu je pars avec vous», présentée au BAL (Paris) du 11 septembre au 26 octobre 2014. Il est publié dans son intégralité, par André Frère Éditions et D.Books dans l’ouvrage INDEX,

Image prise sur une aire d'autoroute extraite de Index d’Antoine d’Agata

Vous les peuplerez de qui vous voudrez, ces aires de repos. Chacun ses fantômes. En roulant on croit repérer des endroits, entrevoir des corps, deviner des échanges. L’autoroute est hantée, ça on le sait. L’autoroute fait surgir de la mémoire tout ce qui s’y était refoulé. Qui peut encore croire qu’il s’agit là d’un endroit neutre? D’un endroit inoffensif? L’autoroute est libératrice car on y laisse derrière soi les affaires que l’on voudrait fuir.

Double page de Index d’Antoine d’Agata

Mais pour Antoine d’Agata, l’autoroute est dangereuse pour le corps comme pour le cœur, car en descendant de Paris à Marseille c’est tout le roman familial qu’il fait remonter à la surface. Toute la confusion des dernières années, les regrets, les blessures, les chocs traumatiques refoulés qui explosent à la figure. L’autoroute devient une prolongation du journal intime. Le paysage, une extension du corps humain. Que le photographe prenne la route et aussitôt la route devient un territoire d’expérimentation sur lui-même, un miroir terrible, dans lequel il voit sa propre histoire et celle de ses ancêtres recommencer: un chemin de vie. Mais aussi l’odyssée à la portée de tous, à commencer par les caniches.

Double page de Index d’Antoine d’Agata

Le bus des Sex Pistols qui sillonnait en 1978 l’Amérique où le groupe tournait pour la première et dernière fois, affichait comme destination: Nowhere. Ça va nulle part. Ça fonce droit dans le mur. No destination home.

Photographies extraites de Index d’Antoine d’Agata

Double page du livre  Index d’Antoine d’Agata

Pour la première fois depuis longtemps, il n’y avait personne sur les premières photos de route que nous avait envoyées Antoine d’Agata. La communauté des autoroutes, cette communauté qui vient, qui vient dans la bouche, qui vient dans la main, est maintenue hors-champ. Il n’y a plus que le rouge carmin d’une lumière sale, à force de mêler les couchers de soleils aux néons des lampadaires et aux phares des routiers. Des bords de routes devant lesquels s’ouvre le ciel jusqu’à la blessure. Open up and bleed.

Double page de Index d’Antoine d’Agata

Double de Index d’Antoine d’Agata

Image prise par Antoine d’Agata et reproduite dans Index, publié par André Frère Éditions

Depuis, d’autres images sont arrivées. En noir et blanc, celles-là. Peuplées d’elle et de lui – son état à elle, ses silences à lui. Leur télescopage, leurs accidents. Les images couleurs, stables, immobiles, silencieuses, sont les gardiennes des photos noir et blanc, toutes explosées, toutes hurleuses, complètement blessées. Il y a dans l’opposition de ces deux séries d’images, les couleurs et les grises, tout ce que le paysage contient de puissance silencieuse et toute la rage au corps que l’humain ne sait plus, depuis longtemps, contrôler.

Duble page de Index d’Antoine d’Agata

Photo d’Antoine d’Agata et reproduite dans Index, publié par André Frère Éditions

double page de Index

Voici le journal de nuits à rouler, l’inscription de souvenirs saisis dans des motels en bord de route, le journal d’un père au moment où, jeune homme, il quittait l’Italie pour venir s’installer à Marseille. Accolé à son journal à elle, livre de blessures qui s’ouvrent et saignent. Entre tout ceci, un peu de terre, un peu d’humus. Un territoire, malgré tout. Passé au tamis d’une question hantée: qui croit-on rejoindre en prenant la route sinon soi-même et le fantôme de soi-même plus jeune, soi-même enfant? Peut-on photographier avec les larmes aux yeux?
Il semblerait que oui.

Philippe Azoury