André Frère Éditions

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Camp de Rivesaltes – Lieu de souffrance

FLORE

30,00 €

Catégories : , .
  • Photographies : FLORE
  • Texte : Denis Peschanski
  • Design : Flore et Adrian Claret
  • 120 pages
  • Format : 17 x 23 cm
  • 21 photographies en bichromie et 20 photographies en couleur
  • Relié, couverture rigide
  • Français / anglais / espagnol / catalan
  • 30 €
  • ISBN : 979-10-92265-73-6

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Les deux séries photographiques présentées dans ce livre, accompagnées d’un texte de l’historien Denis Peschanski, ont été réalisées sur une période de deux ans par l’artiste FLORE sur le Camp de Rivesaltes.
Loin du photo-reportage, ce travail engagé tente de laisser une trace sensible des événements passés dans ce camp souvent oublié de l’histoire.

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« Flore s’est refusé à faire de l’esthétique sur les lieux de crime. Pourtant ces photos sont exceptionnelles. Etonnante contradiction qui tient au pari qu’elle a fait, au défi qu’elle a relevé : il s’agit bien de rendre compte d’un espace-temps, d’un lieu qui s’impose à tout visiteur, et d’une temporalité longue qui s’inscrit dans le paysage. La démarche n’est pas sans rappeler le geste architectural majeur de Rudy Ricciotti, celui qui a conçu le mémorial du Camp de Rivesaltes : il avait compris qu’il ne s’agissait pas d’imposer son bâtiment au lieu mais que le lieu s’imposait au bâtiment. D’où un mémorial aux deux-tiers enterré qui part du ras du sol et qui, 200 mètres plus loin, atteint le niveau du faîte des baraques.

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La force de lieu est déjà porteuse d’émotions. Il reste aux artistes et aux scientifiques de donner un sens à ces émotions, de les appuyer sur une connaissance de cette histoire, de ces histoires car l’effet de sidération si classique du choc émotionnel ne donne aucune clé d’analyse, aucune possibilité d’interprétation. Flore est allée au-delà… J’ai croisé Flore à plusieurs reprises dès les années 2000. Elle arpentait le camp, à la recherche de traces, d’images, de paysages, comme si elle sentait l’urgence d’une telle médiation, d’une telle inscription-conservation.

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Il est vrai que le camp de Rivesaltes a une particularité exceptionnelle : alors même qu’on compta plus de 200 camps d’internement dans la France des années noires, entre 1938 et 1946, il s’agit du seul cas où subsistent dans le paysage même de telles traces. Il y a bien sûr d’autres lieux de toute première importance, comme Drancy, le centre de transit de la déportation des Juifs de France, ou comme les Milles (près d’Aix-en-Provence), qui abritent des mémoriaux majeurs. On y retrouve même des graffitis ou des fresques d’époque. Mais les bâtiments ont été détruits ou ont simplement retrouvé leur fonction initiale, qui un HLM, qui une tuilerie. Quand on connaît cette histoire, la charge émotionnelle est maximale ; quand on repère ces traces, on retrouve l’épaisseur de l’histoire. À Rivesaltes, la seule errance dans un paysage de baraques délabrées dans un horizon sans fin permet d’imaginer ce que cela put être. Mais peut-on vraiment l’imaginer ?

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Le camp de Rivesaltes a pour particularité de traverser les deux grandes tragédies du second vingtième siècle en France : la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’Algérie. Il y eut en particulier l’internement administratif de Juifs, d’Espagnols et de Tsiganes pendant la guerre et la déportation des Juifs dans un site devenu, deux mois durant, le camp interrégional de déportation de zone sud, entre septembre et novembre 1942. Rappelons que l’internement administratif vise des personnes non pour le crime ou le délit qu’elles ont commis, mais pour le danger potentiel qu’elles représentent pour la société ou l’État, à la seule décision (administrative) de l’État.

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Il y eut la guerre d’Algérie avec les troupes qui passèrent par ce site immense de quelque 600 ha, avec même des prisonniers FLN enfermés là quelques mois et, bien sûr car le site est connu pour cela, les quelque 22000 harkis, ces supplétifs de l’armée française en Algérie, qui s’y retrouvèrent d’abord dans ce camp de relégation, entre 1962 et 1964, après la signature des accords d’Evian, puis, pour certains, dans des hameau de forestage au point que certaines familles étaient encore présentes sur les lieux au début des années 1970. Et nous n’évoquons pas ici les autres populations passées ici, comme des prisonniers de guerre allemands à la Libération ou, bien près de nous, des migrants expulsables enfermés dans un centre de rétention. Mais toutes ont en commun d’être des personnes déplacées contre leur gré et d’être là, longtemps rejetées, considérées comme indésirables.

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C’est en fait de tout cela dont nous parlent les photographies de Flore. Regardez-les bien. Vous mesurerez la force de l’art pour comprendre le réel de la souffrance et de l’exclusion ».
Denis Peschanski
Directeur de recherche au CNRS
Président du conseil scientifique du Mémorial du Camp de Rivesaltes.

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Le temps est passé.
 Que reste-t-il de ces jours terribles, sinon cet écho fragile qui demeure vibrant en nous ? 
Des souvenirs qui se dérobent parfois, des images un peu plus floues, qui palissent, à certaines heures, sable en glissant entre nos doigts, qu’on peine à retenir. 
Inexorablement ?
 Aujourd’hui, je me souviens encore de vous.
FLORE

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Artiste photographe franco-espagnole, né en 1963, FLORE vit et travaille actuellement à Paris. Elle est représentée par plusieurs galeries, son travail fait l’objet d’expositions monographiques à travers le monde et nombre de ses œuvres font partie de collections publiques et privées. En parallèle de son activité artistique FLORE est une pédagogue reconnue qui donne régulièrement des masterclasses.
 Ses précédents livres sont Une femme française en Orient édité par Postcart en 2014 et Lointains souvenirs co-édité en 2016 par Contrejour & Postcart.