André Frère Éditions

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Ève réincarnée

Colette Pourroy

26,00 €

Catégorie : .
  • Photographies : Colette Pourroy
  • Texte : Éloïse Conésa
  • 64 pages
  • 17,5 x 19,5
  • 32 photographies en bichromie
  • Relié, couverture rigide
  • Français / anglais
  • 26€
  • ISBN : 979-10-92265-67-5

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« Ève, première femme, première née, sœur aînée, sœur aimée… Il y a dans cette série photographique de Colette Pourroy quelque chose de l’ordre de la déclaration d’amour sororal, exprimée avec la volonté de revisiter un territoire de l’intime et l’urgence de conjurer la fuite des souvenirs fussent-ils dévastateurs. Ces images semblent hantées par le train de la mémoire qui inexorablement poursuit sa course de l’enfance à l’âge adulte.

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Latentes mais résistantes, elles nous racontent une histoire jusqu’alors restée au seuil de la parole et qui trouve dans la transposition photographique un palliatif à la douleur de l’énonciation. Le flou vaporeux, le contraste entre le blanc laiteux et le noir profond qui les caractérisent confèrent à la séquence qu’elles composent un aspect hallucinatoire. À la netteté photographique, la photographe préfère en effet une représentation délibérément troublée par une vitesse d’exposition sous-estimée, une focale imprécise et une lumière radicalement violente et écrasante comme pour donner à voir le non-dit…

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On se souvient évidemment ici des textes de Virginia Woolf et de sa description des émotions qui souvent se dissipent dans la mort. « Sentir profondément quelque chose, c’était créer un abîme entre soi-même et les autres, qui, eux aussi, sentent profondément peut-être mais différemment » écrivait la romancière britannique dans La Traversée des apparences. La subtilité dans le partage, dans la transmission des affects est ce qui fait la force du travail de Colette Pourroy car sans doute, pour elle, la photographie conserve une fonction cathartique et lui permet de mettre en scène des épisodes de son histoire personnelle pour qu’enfin s’en libèrent les démons. Ici, il s’agit bien de souvenirs enfouis mais ils sont rejoués, réactivés par le truchement de l’appareil. Ces sentiments transposés se jouent dans un théâtre des émotions et non dans une livraison abrupte d’instants présents.

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Si « photobiographique » il y a ici, au sens où l’avait inventé Gilles Mora dans les années 80, c’est dans la métamorphose à l’œuvre d’une émotion personnelle en une émotion avant tout photographique, qui ne jaillit pas de l’évènement que l’on devine mais bien plutôt des images qui se dévoilent, de leur rythme haletant, de la transe qui les anime en un récit.  Les titres, alors, qui pourraient apparaître redondants tant les images parlent d’elles-mêmes, deviennent des didascalies à l’intention du spectateur, enjoint à chercher dans les plis du drap du lit, lieu de plaisir et de mort, le squelette d’une vie brisée ».
Éloïse Conésa

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