Diaspora Letters

Nicolas Wormull et Ricard Estay

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  • Photographies : Ricard Estay et Nicolas Wormull
  • Texte : Kristian Petri
  • Design : Paulina Vivanco
  • 64 pages
  • Format 20 x 28 cm, relié
  • 50 photographies couleur et noir et blanc
  • Anglais / suédois / espagnol
  •  35 €

Tout a commencé lorsque Ricard Estay a emprunté la clef de mon studio. Il avait besoin de plus d’espace. Un jour par semaine. Il travaillait sur un projet qui durait depuis de nombreuses années.

Une sorte de communication sans paroles à travers l’Atlantique, entre la Suède et le Chili, entre Estay et Nicolás Wormull, deux photographes. Je ne me souviens plus vraiment de tous les détails.

En tout cas, il a eu une clef supplémentaire, et je n’y ai plus pensé pendant une longue période. Jusqu’à ce que soudainement je reçoive ce message : « Merci ! J’ai laissé la clé sur le bureau. » Je l’appel, j’envoie un mail, j’essaie de le joindre, rien. C’était un peu mystérieux, certes, mais je suis très occupé à travailler sur le montage final d’un film.

Donc, un après-midi, je suis allé au studio, c’est un lieu que j’affectionne car il a un côté secret. Pas de nom sur la porte. Une pièce, une petite cuisine, des toilettes – c’est tout. Tous mes papiers, livres, documents, films sont empilés, dans une sorte d’ordre mystérieux. Mais maintenant, tout était différent. Un mur entier était couvert de d’images du sol au plafond. Des tirages photographiques en noir et blanc et en couleur. La rencontre entre deux mondes d’images singulières. Pendant un long moment, je suis resté stupéfait – de quel genre d’images s’agissait-il ?

Le projet a démarré il y a quelques années, en lien avec les émeutes au Chili en 2019. Estay venait de vendre la maison familiale et était rentré chez lui en Suède. De loin, il a vu un Chili qui brûlait. Alors, la conversation avec Wormull a débuté. Le décalage horaire entre le Chili et la Suède est conséquent, cela signifie que parfois, lorsque l’un d’entre eux se réveillait, un email d’un autre pays l’attendait. Juste une image. Une image à la fois. Une fille avec un saignement de nez. Un visage blanchi. Le sang est presque trop rouge, comme dans un film d’horreur des années 80. Puis vint une réponse. Peut-être des semaines plus tard. La conversation a continué : est-ce une fleur de cerisier ?

Quand j’étais petit, j’ai trouvé un livre dans la bibliothèque de mon père. C’était le livre de Sven Lindqvist The Myth of Wu Tao-tzu. J’ai lu l’histoire de l’artiste chinois. Un jour, pendant la dynastie Tang, Wu Tao-tzu se tenait debout et regarda une peinture murale qu’il avait terminé. Il a alors frappé dans ses mains, et la peinture murale s’est ouverte, et il est entré dans son œuvre.

C’est une histoire qui m’a accompagné tout au long de ma vie. Est-il possible d’entrer dans son propre travail artistique et d’y vivre ? Je suis maintenant assis ici, devant une forme de peinture murale moderne. L’artiste est parti, et sur le bureau, il reste la clef.

Kristian Petri, extraits