André Frère Éditions

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Misses Jones

Malika Mihoubi & Loïc Xavier

32,00 €

Catégories : , .
  • Photographies : Malika Mihoubi & Loïc Xavier
  • Textes : Laurence Loutre Barbier, Claudia Stavisky, Malika Mihoubi & Loïc Xavier
  • Format : 19 x 29,5 cm
  • 80 pages
  • Relié, couverture cartonnée
  • 36 photographies
  • Français
  • ISBN : 979-10-92265-86-6
  • 32 €
  • Sortie le 14 novembre 2019
  • Cet ouvrage bénéficie du soutien à l’édition de la Région Sud, Provence-Alpes-Côte d’Azur

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Ces portraits de femmes en prison proposent une réflexion sur le paraître et sa relation à l’identité.

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L’ouvrage ne révèle rien de leurs réalités sordides, de la taule, des barreaux, des cris, du sexe ou du manque de sexe, du manque tout court, de la violence, des toxs, de la solitude, du pouvoir de l’argent et de l’abus de pouvoir, de l’infantilisation, de l’injustice et de la pauvreté.

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Des 7 ou 9m2, il met en avant, le seul territoire qui soient à elles, leurs corps.
Peut– être mutilés, sûrement cachetonnés, en dessous des dentelles et des bras scarifiés, cette fourrure blanche, de ces bijoux, ces robes et de ces falbalas, leurs corps parés révèlent plutôt qu’ils ne cachent, leur humanité. En permutant les codes de la représentation du portrait, ce livre propose de voir ces femmes autrement.

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Ce travail photographique explore la coexistence de différents espaces de reconnaissance au sein d’un même lieu caractérisé par la privation et la dépersonnalisation. En centre de détention, lieu voué à l’enfermement et à l’exclusion, il existe malgré tout des espaces de liberté relative pour l’expression des individualités.
Il y a les espaces «soupapes» qui font partie du système carcéral qui en réglemente l’accès et l’usage, comme ce salon de coiffure, et ceux plus éphémères comme celui fabriqué le temps d’un atelier photographique.
Au théâtre, le costume est avec le décor, le premier signe visible pour le spectateur. Il relève à la fois du réel (volume, matière, couleur) et du fictif à travers les codes de représentation qu’il véhicule. Seconde peau du comédien, le costume caractérise le personnage, l’inscrit dans une référence historique, sociale, participe à sa gestuelle et, plus largement, à la dramaturgie. En milieu carcéral, le costume de scène introduit tout un champ esthétique, poétique et symbolique qui rend possible une nouvelle apparence aux antipodes des stéréotypes de la femme détenue.

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Dans une perspective critique de l’ordre et des codes établis par les schémas de mise à l’écart, la parure permet de créer une position d’émancipation et de subversion.

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La mise en scène volontairement valorisante crée des images-avatars qui interrogent la représentation et sa relation à l’identité. Elles déçoivent les attentes de l’imagerie collective des femmes détenues. En jouant avec l’apparence, s’installe une tension entre l’exigence de la reconnaissance et la nécessité du paraître. Il s’agit de brosser un portrait codifié selon des normes historiques et sociales considérées comme inaccessibles. La magnificence du costume permet cette transformation et désigne à proprement parler le personnage, dont l’identité sociale est reconnue au premier coup d’œil.
Avec leur accord, à visage découvert, ces détenues quittent leurs habits de non-personnes, de non vie sociale. Elles brouillent les cartes et révèlent un autre possible.

La lettre de Claudia Stavisky

C’est en prison que j’ai découvert chacune de ces trois séries de photographies. Dans deux prisons différentes, mais à chaque fois dans des espaces étrangement similaires, des salles communes et neutres, transformées le temps d’une exposition éphémère. À chaque fois, j’y ai rencontré les femmes qui avaient participé aux séances de prises de vues. Et à chaque fois, dans la confrontation directe de ces images et de leur «modèle», ce qui m’a frappée était que ces femmes n’étaient justement pas des modèles. Elles n’étaient pas simplement des corps qui s’étaient prêtés aux consignes de photographes, mais des femmes qui avaient réappris à se regarder, des sujets qui avaient imaginé et fabriqué leur propre image. Une reine, une danseuse de cabaret, une figure mythologique, un personnage de western… de toutes les époques et de tous les continents, chacune a façonné l’image d’un autre possible, d’une autre version d’elle-même.

J’ai été saisie par cette évidence que je connais pourtant bien en tant que metteure en scène de théâtre mais que je ne m’attendais pas à éprouver au cœur de l’univers carcéral : l’artifice du costume révèle la vérité du personnage.
Ne nous y trompons pas : cette expérience, si ludique soit-elle, de jouer avec son apparence et de transformer les regards, n’est pas un simple et fugace divertissement pour échapper à la réalité. C’est avant tout une conquête de soi car notre corps est notre premier pays.

Ces femmes, apatrides d’elles-mêmes dans l’univers dépersonnalisé de la prison, ont ainsi retrouvé grâce à cette pause photographique, un passeport pour enfin rentrer chez elles.

Claudia Stavisky, Metteure en scène et directrice des Célestins, Théâtre de Lyon