André Frère Éditions

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Bobby Sands

Yan Morvan

42,50 €

Catégorie : .
  • Photographies : Yan morvan
  • Textes : Bobby Sands, Yan Morvan et Sorj Chalandon
  • Design : Loïc Vincent
  • 236 pages
  • Format 24 x 30 cm
  • 125 images en bichromie
  • Couverture rigide
  • Langues : français / anglais
  • Sortie : septembre 2018
  • Ouvrage soutenu par le CNAP

Bobby Sands est mort le 5 mai 1981 à 1 heure et 17 minutes du matin.
Bobby Sands est arrêté et condamné à 14 ans de prison pour possession d’armes à feu. Il commence le 1er mars 1981 une grève de la faim suivie par neuf autres prisonniers politiques membres de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise) et de l’INLA (Armée nationale de Libération irlandaise).

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Leurs revendications : obtenir le statut de prisonniers politiques auquel ils ont droit. Ils mourront tous, les derniers dans la presque indifférence générale.

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Ces épisodes qui pourraient évoquer une « histoire ancienne » rejoignent malheureusement la plus proche actualité. La Catalogne, aujourd’hui, réclame son indépendance comme d’autres états et citoyens de l’Europe, lassés de voir leur identité se diluer dans la « mondialisation ».
Le conflit entre Catholiques et Protestants, les partisans de l’indépendance et du maintien dans la couronne rappelle l’histoire passée de la Grande-Bretagne et du clivage actuel entre partisans et opposants au Brexit.

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L’Irlande du Nord, terre la plus pauvre de l’Europe qui a fourni les contingents de travailleurs à la première révolution industrielle britannique et les déracinés qui ont construit l’Amérique au XIXe siècle rappelle la crise des migrants qui s’est installée durablement dans nos sociétés.
On pourrait évoquer aussi le clivage Nord-Sud, catholiques pauvres du Sud contre Protestants riches du Nord, à l’envers cette fois-ci. Conclure par l’immense respect qu’inspire ce peuple de déshérités et d’insoumis unis jusqu’au sacrifice de ses enfants pour écrire par la souffrance cette page d’éternité.

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Yan Morvan est à l’époque photographe pigiste à l’agence de presse Sipa, une des trois grandes agences de presse photographique parisienne des années 80. Il a le profil du jeune reporter déterminé risque-tout qui convient à la situation d’émeutes qui règne en Irlande du Nord. Il est alors tout naturellement envoyé sur les affrontements de Londonderry en avril 1981. Il y restera trois semaines et y retourna plusieurs fois pendant cette même année. « Ces semaines que j’ai vécu à Derry et Belfast, vivant avec les émeutiers de quartiers catholiques, photographiant la tension, le désespoir, la foi et le courage des Irlandais, utilisant l’appareil photographique comme d’une arme servant leur cause, me persuadèrent à tout jamais du bien-fondé du témoignage photographique comme instrument de mémoire, d’émotion, de réflexion, gages d’un monde libre et démocratique ». Yan Morvan.

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BOBBY SANDS, IRRADIANT
Par SORJ CHALANDON
paru dans Libération en août 2004 (extrait)

« La première fois, il était mort. Ce fut donc la dernière. Une nuit de mai comme seul novembre en ose. Une nuit de brouillard glacé, d’anoraks humides, d’écharpes relevées et de poings dans les poches. L’émeute avait cessé. Belfast chuchotait. La ville avait sa gueule grise. Celle des jours mauvais. Juste avant le drame, ou alors juste après. Tout allait
renaître avec l’aube, les cris, les pierres et les bruits du feu. Bientôt, les vieilles reprendraient leur place sur les trottoirs, à genoux, leur rosaire à la main, nous le savions. Mais ce soir, tout se taisait. Tout se taisait parce que Bobby Sands était mort. Et que c’était impossible. «Ne pose pas de questions. Ne prends pas de notes», avait dit notre accompagnateur.
«Ne parle plus», a commandé un autre.

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Que savons-nous de Bobby Sands ? En fait, rien. Ou peu. Ce que chacun savait de lui. Son visage, d’abord. Un sourire en noir et blanc sur les murs nationalistes, son regard à chaque fenêtre, au-dessus des cheminées, dans les portefeuilles, sur les agendas d’écoliers, piqué au revers des vestes, imprimé sur les maillots d’enfants, dans les pubs, les magasins, tatoué sur des peaux, brodé sur des drapeaux, en affiches, en calicots, en banderoles. Une photo. La même, toujours. La seule presque, prise en 1976 à la prison de Long Kesh.
L’image unique que nous avions de lui.

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«Respecte le silence», avait dit notre accompagnateur. C’était la nuit du 7 mai 1981. Nous étions à Twinbrook, un quartier catholique du sud-ouest de Belfast. Au coin des rues, dans les jardinets, contre les murs, adossés aux réverbères orangés, assis à quatre dans des voitures mornes, des femmes et des hommes faisaient le guet. Des combattants de l’IRA, des amis, des gamins larmes aux yeux, des jeunes dents serrées, des mères en peignoir, des voisins. La maison des Sands était de brique. Pareille aux autres. Avec juste un ruban noir accroché sur le seuil. «Ne parle plus», avait dit l’homme. Il a frappé à la porte. Une entrée minuscule de
papier peint, et l’escalier qui mène aux chambres. La chaleur, la maison. Ces endroits familiers où l’on se dit qu’on a la vie devant. Qu’il y aura des portes, et d’autres portes après, et des pièces à n’en plus finir jusqu’à croiser la mort. Et qu’on aura le temps. Le temps de s’y faire. Tout le temps. Et voilà que le salon s’ouvre. Et voilà que Bobby Sands est là.
Que savons-nous de lui ? En fait, rien. Ou peu ».