André Frère Éditions

Couverture de l'ouvrage Frida Kahlo ses photos publié chez André Frère Éditions

Frida Kahlo, ses photos

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  • Épuisé
  • 496 pages
  • 15,2 x 22,8 cm
  • couverture rigide
  • 401 photographies couleur
  • Français
  • ISBN: 979 -10-92265-18-7
  • Coédition RM Éditorial
  • octobre 2014

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Collection personnelle de Frida Kahlo (photographies de Man Ray, Brassaï, Martin Munkacsi, Pierre Verger, George Hurrel, Tina Modotti, Edward Weston, Manuel and Lola Alvarez Bravo, Gisèle Freund, Frida Kahlo…)
Carlos Philips, Hilda Trujillo, Pablo Ortíz Monasterio, Masayo Nonaka, Rainern Huhle / Gaby Franger, Laura González, Mauricio Ortiz, James Oles, Horacio Fernández, Gerardo Estrada (textes).

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Cet ouvrage rassemble une sélection d’images originales de la collection personnelle de Frida Kahlo, collection retrouvée il y a quelques années dans sa salle de bain et encore jamais présentée. En parcourant Frida Kahlo, ses photos, le lecteur se plongera dans l’intimité de l’artiste, parmi les plus connus du territoire mexicain de part l’excellence de son œuvre et sa personnalité bouillonnante. C’est ainsi, qu’on découvre le visage de ses parents, souvent représentés dans ses peintures, les moments d’intimité avec son époux Diego Rivera, ses tristes épisodes hospitaliers — durant lesquels elle continue à peindre — ou des images témoignant de son attachement au parti communiste. Un voyage émouvant non dénué de photos heureuses, également raconté par des auteurs spécialistes de Frida Kahlo.

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Frida Kahlo, le temps retrouvé

Journal Libération du 11 septembre 2010, par Pascale Nivelle.
Cinquante ans après la mort de l’artiste mexicaine, la Maison bleue où elle vécut recelait encore des milliers de lettres, jouets et clichés, restés emmurés dans une salle de bains. Un beau livre de 401 photos ouvre son album de famille.

Coyoacán, le quartier des coyotes, au sud de Mexico. La Casa Azul est entourée de hauts murs bleu électrique. C’est là que Frida Kahlo est née, elle y a peint, aimé, photographié. Son corps torturé y a souffert, elle y est morte. Dans les années 30, le jardin de lianes et de magnolias est le domaine des singes, des perruches et des xoloescuintle, les «chiens nus» faméliques. A l’intérieur de la bâtisse coloniale un peu délabrée, les murs sont bleus aussi. Les pièces sont encombrées de toiles et de curiosités, on parle toutes les langues. Artistes, photographes, révolutionnaires, républicains exilés après la guerre d’Espagne, banquiers et mécènes convergent ici. Frida Kahlo et son mari, le peintre Diego Rivera, sont le couple phare de la révolution mexicaine, des compagnons de route de l’Internationale communiste. Des péones révolutionnaires refont le monde en fumant au pied des murs bleus avec des féministes en herbe ou des Indiens exploités. On croise aussi des célébrités: Trotski, Rockefeller, André Breton ou Gisèle Freund. Frida trône en robe d’Indienne bigarrée, le regard noir sous la barre de sourcils charbonneux, fière de sa moustache, marque de fabrique de ses autoportraits. Toujours majestueuse malgré ses corsets orthopédiques et d’insupportables douleurs qui peuvent la clouer au lit des semaines entières.

Diego, la beauté du laid

Diego, de plus de vingt ans son aîné, est son «monstrueux bébé». Il raconte la Révolution et ses projets de peintures murales, à Mexico, San Francisco ou New York. C’est un géant, trogne lippue, joufflue. Frida collectionne ses portraits, mains dans les poches, ventre fièrement pointé vers l’avant, regard de crapaud hypnotiseur sous les paupières lourdes. Diego Rivera a la beauté conquérante des laids. C’est «un ogre d’une intelligence monstrueuse»,écrit le critique Elie Faure qui le connut à Paris en 1925. Lev Osporat lui consacre un livre et complète le portrait du monstre : «Turbulent, généreux, coureur de femmes et fantastiquement menteur». «Il est atroce, psychiquement pire que Staline», poursuit Osporat qui cite Léon Trotski : «A coté de Rivera, Staline ressemble presque à un philantrope ou un enfant de 8 ans».

Diego et Frida. «Un éléphant et une colombe», a écrit Le Clézio, fasciné (1), «un libertador et une princesse aztèque». Ils ont divorcé quand Diego a trompé Frida avec sa sœur adorée, ils se sont remariés. Mais n’ont jamais eu d’enfant, au désespoir de Frida qui aurait tant voulu léguer au monde un «Dieguito». Quand Diego meurt en 1954, trois ans et quatre mois après Frida, il lègue la Casa Azul à son amie Doña Dolores Olmedo. L’«ogre» a fait promettre à son amie de n’ouvrir leurs archives personnelles que quinze ans plus tard, il restait beaucoup d’ombres planquées dans les recoins de sa vie tumultueuse. Doña Dolores a entassé les lettres, des jouets, et les photos dans des malles, elles-mêmes emmurées dans les salles de bains. Quinze ans passent, Doña Olmedo meurt, la Casa Azul est transformée en «sanctuaire», comme l’a demandé Diego.

Ce n’est qu’en 2004, après de longues négociations, que la directrice du musée obtient enfin l’autoristion de faire percer les murs. Dans les malles, il y a 5 387 photos, dont des clichés de Man Ray et Brassaï, 2 170 livres, des milliers de croquis, des vêtements, des médicaments, des jouets… Frida Kahlo est une star au Mexique. Son journal a été publié, sa biographie est un best-seller, Salma Hayek l’a incarnée à l’écran (Frida, de Julie Taymor, 2002), on retrouve son autoportrait moustachu sur des bouteilles de tequila ou des Converse. On ne peut rien ignorer d’une icône pop art, n’est-ce pas ? Si : ses photos, les secrets de son ogre ont dormi emmurées dans les salles de bain de la Casa Azul. Pendant des années, les visiteurs les ont frôlées, sans le savoir.

Ses amis, ses parents, les maîtresses de Diego… ils sont tous là, images sépia imprimées d’un rouge baiser, ou d’un commentaire acide de Frida. Il y a Guillermo, le père adoré, Frida enfant, les tantes indiennes moustachues, sa sœur Cristina avec qui Diego la trompa, les médecins qu’elle fréquenta toute sa vie, et ses amants vrais ou supposés, Léon Trotski ou le photographe Nickolas Muray. La correspondance de Frida (2) les avait rendus familiers à ceux, nombreux dans le monde, qui s’intéressent à ce couple volcanique. Les voici en images, dans le pêle-mêle des photos de famille anciennes et des autoportraits que le père de Frida, photographe industriel et artiste dans l’âme, a réalisés toute sa vie. Avant Alex, Diego, Nickolas, Léon et les autres, Guillermo Kahlo, bel Allemand aux yeux pâles, fut l’idole de Frida. Elle fit de lui des portraits à la manière dont il se photographiait, l’œil inquiet dans ses beaux costumes.
Des quatre filles de Guillermo, Frida était son adorée, sa protégée, en raison sans doute de son handicap, une poliomyélite qui atrophia sa jambe gauche. A l’âge de 6 ans, elle devint «Frida pata de palo», Frida jambe de bois, condamnée à la différence et à la solitude. La seule photo en pied de son enfance la montre en robe longue de communiante, appuyée sur un prie-Dieu. «Idiota !» a commenté Frida, qui détestait les bondieuseries, au dos du cliché.

La torture des corsets

À 18 ans, elle n’a plus d’illusions sur la justice divine en ce bas-monde. Le 17 septembre 1925, le bus dans lequel elle circule percute un tramway. Une barre de fer l’éventre du pelvis à l’abdomen, son pied valide est en bouillie. «Tu n’imagines pas à quel point j’ai mal, écrit-elle à son amoureux Alex. Chaque fois qu’on me tire d’un côté, ça me tire des litres de larmes, même s’il ne faut croire ni les chiens qui boitent ni les femmes qui pleurent.» Trois mois plus tard, toujours à l’hôpital : «La seule bonne nouvelle, c’est que je commence à m’habituer à souffrir.» Ce n’est qu’un début.

À cause de cet accident, Frida, devenue stérile, passera sa vie entre les mains des médecins, souvent obligée de rester alitée, déprimée chronique par la douleur et les médicaments. Elle vivra dans la torture des corsets et des opérations. De multiples photos la montrent sur son lit de douleur, toujours belle, toujours sombre. Le 30 juin 1946, à 39 ans, elle raconte au fidèle Alex: «Ils ont prélevé un bout de pelvis pour le greffer dans la colonnade, là où la cicatrice est la moins hideuse et vaguement plus droite. J’avais cinq vertèbres en bouillie maintenant elles ont l’air d’un pistolet-mitrailleur.» Une radiographie, retrouvée dans la Maison bleue, montre sa colonne vertébrale embrochée sur vingt centimètres par des tiges et des vis. Elle en fit un tableau, la Colonne brisée.

Nickolas Muray, le photographe, l’a immortalisée, chaque année ou presque, sur un lit d’hôpital, la tête suspendue à une potence, en traction. Frida se servait des clichés pour ses tableaux, qu’elle devait souvent peindre couchée. Elle utilisait les photos comme modèles, et dessinait ses autoportraits dans les jours les plus durs, un miroir suspendu au-dessus de son lit. L’accident l’a traumatisée pour la vie. Elle en compose une nature morte avec des jouets: une carriole, un cheval fou et une poupée renversée. Sans autre commentaire au verso de la photo que la date: 5 avril 1929. En 1951, clouée sur un lit d’hôpital, corsetée de fer et de plâtre, elle parvient à rire de sa prochaine infortune, une amputation de la jambe droite gangrenée. Elle a décoré la chambre de ses corsets et se fait photographier en train d’embrasser Diego, la faucille et le marteau peints sur sa chemise. Elle note après l’opération, dans son journal : «Des pieds, pourquoi est-ce que j’en voudrais si j’ai des ailes pour voler?»

Paris et «Gringoland»

Pour se divertir, il y a l’art, l’amour et la politique. Sa peinture, qu’elle entreprend dès son accident, «par désœuvrement», dira-t-elle, fut très vite reconnue. En février 1939, invitée par les surréalistes à exposer à Paris, la belle révolutionnaire dans ses robes de Coyoacán est encensée par André Breton : «L’art de Frida Kahlo est un ruban autour d’une bombe !» Mais Frida la rebelle assassine ses hôtes, dans ses lettres aux amis du Nouveau Continent : «Je préférerais m’asseoir par terre pour vendre des tortillas au marché de Toluca plutôt que de devoir m’associer à ces putains d’ »artistes » parisiens. Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des cafés, parlent sans discontinuer de la culture, de l’art, de la Révolution, en se prenant pour les dieux du monde et en infectant l’atmosphère avec des théories qui ne deviennent jamais réalité. Le lendemain, ils n’ont rien à manger, vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le « génie ». Ça valait le coup de venir, rien que pour voir pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens sont la cause de tous les Hitler et Mussolini.»
Elle n’apprécie pas davantage «Gringoland», les Etats-Unis, où elle accompagne souvent Diego et compte beaucoup d’amis. Elle s’ennuie à Detroit, «patelin miteux», s’agace des Californiens à «têtes de biscuit», déprime à San Francisco. «Malgré tout l’intérêt que je porte au développement industriel et mécanique des Etats-Unis, je trouve qu’ils manquent cruellement de sensibilité et de bon goût, écrit-elle en 1931 à son médecin (et sans doute amant) Leo Eloesser. Ils vivent comme dans un énorme poulailler sale et désagréable, leurs maisons ressemblent à des fours à pain et le confort dont ils nous rebattent les oreilles n’est qu’un mythe.» La même année, lorsqu’elle revient dans la Maison bleue de Coyoacán, «ce havre d’ennui qui devient si beau quand on est loin», elle redécouvre le Mexique. «C’est un désordre de tous les diables, il ne lui reste que l’immense beauté de la terre et les Indiens, écrit-elle au docteur. Chaque jour, les sales Etats-Unis lui en volent un petit bout, c’est bien triste mais les gens ont besoin de manger, alors c’est comme ça, le grand poisson dévore le plus petit.»

De New York, où elle expose en 1938, Frida écrit : «J’ai appris tellement de choses ici, je suis de plus en plus convaincue que la seule façon de devenir un être humain et pas un animal, c’est d’être communiste.» Grandie avec Pancho Villa, Emiliano Zapata et la révolution mexicaine de 1910, elle a adhéré au Parti communiste en 1928 et n’en décollera jamais. En 1953, un an avant sa mort, elle écrit : «L’univers entier a perdu l’équilibre avec la perte de Staline.» Cela ne l’a pas empêchée d’accueillir Léon Trotski et sa femme Natalia Sedova en 1937.

Poursuivi et interdit de séjour partout dans le monde, l’ennemi de Staline établit un temps son QG dans la Maison bleue, avec secrétaires et gardes du corps. Le soir sous les magnolias, Frida déploie toute sa séduction, flirtant avec celui qui incarne à ses yeux l’idéal révolutionnaire. Elle le trouve un peu «viejito», mais s’échappe quand même quelques jours avec lui dans une hacienda. Diego, coureur mais jaloux, n’en saura rien. Quand Ramón Mercader plantera son piolet à glace dans le crâne de Trotski, non loin de la Maison bleue, Diego et Frida seront poursuivis par la police, et libérés grâce à l’actrice Paulette Goddard, muse et admiratrice de Diego. Frida en est jalouse, comme de tant d’autres attirées par l’étrange beauté de son mari, dont elle fait ce portrait : «Le voyant nu, on pense immédiatement à un enfant grenouille debout sur ses pattes de derrière. Sa peau est d’un blanc tirant sur le vert, comme celle d’un animal aquatique.» Mais ces deux-là sont à la vie à la mort.

Remariage sous conditions

En 1935, séparée de Diego après qu’il l’a trompée avec sa sœur chérie Cristina, Frida demande le divorce et vit «les plus atroces souffrances» de son existence. Vaincue par la solitude et le désespoir, elle écrit à Diego : «Dans le fond, toi et moi nous nous aimons largement, et nous avons beau enchaîner les aventures, les claquements de porte, les insultes et les plaintes internationales, nous nous aimerons toujours.» A ses amis, un an plus tôt, elle confiait : «J’ai gâché le meilleur de mon temps à vivre aux dépens d’un homme, me contentant de faire ce que j’estimais bon et utile pour lui.» C’est lui qui l’a redemandée en mariage, Frida fixe les conditions : plus de relations sexuelles, et plus de relations d’argent. La vie a continué dans la Maison bleue.

En juillet 1954, période de douleur physique indescriptible et de fortes doses de Demerol, le seul calmant qui l’apaise encore, elle achète une bague pour leur vingt-cinquième anniversaire de mariage qu’elle offre en avance à Diego : «Je sens que je vais te quitter plus tôt que prévu.» Dans son journal, elle a écrit ces ultimes lignes : «J’espère que la sortie sera heureuse, et j’espère ne jamais revenir.» Une dernière photo la montre étendue sur son lit, le 13 juillet, en blouse blanche et jupe noire, ses livres, jouets, et photos disposés autour d’elle. Frida est morte. Après ce jour, Diego Rivera n’est plus revenu dans la Maison bleue.

(1) «Diego et Frida», Gallimard, Folio.
(2) «Frida Kahlo par Frida Kahlo, lettres 1922-1954», présentées par Raquel Tibol, Points.